Orthographe malmenée dans les médias : ces « petites » fautes récurrentes

Fautes de grammaire, erreurs de syntaxe, confusions sémantiques… Le constat n’est pas nouveau : les erreurs de français sont nombreuses dans les médias, et ne se limitent en réalité pas à la simple orthographe des mots. Sans vouloir me transformer en Maître Capello, j’ai noté celles qui, pourtant fréquentes, semblent passer inaperçues. Que ce soit dans les journaux en ligne, à la télé ou à la radio.

 

« L’enquête a mis à jour un trafic de stupéfiants… »

Ou d’autre chose ! L’erreur porte ici sur l’expression « mis à jour », employée à la place de « mis au jour ». On met à jour des informations, un logiciel, un dossier, etc. quand on les actualise. En revanche, une enquête met au jour des éléments nouveaux, des fouilles mettent au jour des traces de civilisation… Les deux expressions sont proches par leur forme mais n’ont pas le même sens et ne s’emploient pas dans le même contexte. La signification que l’on veut donner ici est « dévoiler », « rendre public », « révéler l’existence de ». Il faut donc dire « L’enquête a mis au jour un trafic de stupéfiants » (équivalent de « L’enquête a révélé l’existence d’un trafic de stupéfiants »).

 

« Le premier candidat a mis la barre haute… »

Les médias mettent très souvent la barre haute alors qu’il s’agit ici d’un adverbe, qui devrait donc rester invariable. « La barre est haute » (adjectif) mais « Le premier candidat a mis la barre haut » (adverbe précisant le sens du verbe mettre).

 

« L’ex-députée n’est pas prête de se représenter… »

Si « prêt » est suivi de « de + infinitif », il s’agit en réalité de… « près » ! L’adjectif « prêt » est très souvent employé à tort à la place de la préposition « près » (invariable). L’erreur peut passer inaperçue à l’oral quand le sujet est masculin (près/prêt) mais ne pardonne pas quand le sujet est féminin (près/prête). Dans cet exemple, ce n’est pas l’expression « être prêt à » mais « être près de » qui est employée. Elle signifie « être sur le point de », « avoir pour intention de ». Il font donc écrire, et dire : « L’ex-députée n’est pas près de se représenter » (si elle n’en a pas l’intention, échaudée par la fin critique de son dernier mandat) ou « L’ex-députée n’est pas prête à se représenter » (si son équipe de campagne n’est pas encore au complet et que son programme n’est pas tout à fait au point) !

 

« Acteurs, réalisateurs et autres producteurs… »

Construite de cette façon, l’expression n’a pas de sens. Le dernier élément de la liste doit qualifier l’ensemble des éléments précités, et non venir ajouter un nouvel élément. Dire « acteurs, réalisateurs et autres producteurs » revient à dire que les acteurs et les réalisateurs sont tous, par nature, producteurs. Pour éviter cet abus de style, deux formulations sont possibles : « Acteurs, réalisateurs et autres stars du grand écran » ou, plus lapidaire, « Acteurs, réalisateurs et autres ». Délaissons le cinéma pour un autre exemple peut-être plus parlant : ne dites pas « poireaux, carottes, navets et autres pommes de terre » (ce qui supposerait que les poireaux, les carottes et les navets sont des pommes de terre !) mais « poireaux, carottes, navets et autres légumes ».

 

« Les soldes d’été sont terminées… »

Et elles ont été meilleures que l’année dernière ! À chaque période de promotions, le genre du mot « soldes » semble poser problème, que ce soit aux journalistes, aux blogueuses mode ou aux marques elles-mêmes. Les soldes sont alors « grandes », « spéciales », « exceptionnelles »… Le mot solde, lorsqu’il désigne une vente à prix réduit, généralement employé au pluriel, est pourtant masculin : « Les soldes d’été sont terminés. »

 

« La salariée s’est faite licencier… »

La tentation d’accorder le participe passé avec le sujet est grande, pourtant ici « fait » est invariable. Règle à retenir : le participe passé du verbe « faire » ne s’accorde jamais lorsqu’il est immédiatement suivi d’un infinitif. La phrase correcte est donc : « La salariée s’est fait licencier. »

 

« Les dégâts ont été conséquents… »

L’adjectif « conséquent » est très souvent employé dans le sens « important » mais cet emploi est critiqué. « Conséquent » signifie « qui a de la suite dans les idées », « qui agit avec logique, constance, en accord avec ses principes ». On évitera donc de parler de dégâts conséquents, qui auraient de la suite dans les idées… « Les dégâts ont été importants » (ou « considérables », « manifestes », en fonction du sens exact que l’on souhaite exprimer) permet de contourner l’erreur, sans appauvrir le propos.

 

« Quelques 10 000 manifestants ont défilé… »

Ici, quelque est employé dans le sens « environ », « approximativement ». Il s’agit d’un adverbe, qui comme tous les adverbes, doit rester invariable : « Quelque 10 000 manifestants ont défilé ». En revanche, on écrira bien « Quelques milliers de manifestants ont défilé », quelques étant alors un adjectif qui se rapporte à « milliers ».

 

« Le juge a décidé de réouvrir l’enquête… »

Si on parle bien de la « réouverture » d’une enquête, le verbe « réouvrir » est lui contesté. Pendant longtemps, seul le verbe « rouvrir » était admis : « Le juge a décidé de rouvrir l’enquête. » Mais l’expression du retour, de la répétition, n’est pas simple en français et certains dictionnaires, comme Larousse, semblent désormais accepter la variante « réouvrir », dans un registre oral et familier. À l’écrit, on continuera de privilégier la forme « rouvrir », plus soignée.

 

« Les ministres se sont rendus compte du problème… »

L’accord est tentant puisqu’il s’agit d’un verbe de forme pronominale. Pourtant, dans l’expression « se rendre compte », le participe passé est toujours invariable : « Les ministres se sont rendu compte du problème. » C’est « compte » qui est COD. « Se » est complément second, et n’a donc aucun rôle à jouer dans l’accord du verbe. De la même manière, on écrira « Les médias se sont fait l’écho ».

 

« Les parties ont conclu un espèce d’accord… »

L’erreur est récurrente dans le langage parlé, pourtant personne n’aurait l’idée de dire « un sorte d’accord ». Même suivi d’un complément masculin, le nom « espèce » reste féminin : « Les parties ont conclu une espèce d’accord. »

 

« La pièce est excessivement réussie… »

L’adverbe « excessivement » veut dire « trop », « à l’excès ». Il s’emploie dans un contexte négatif, pour formuler un reproche, pointer un défaut : « Ce personnage est excessivement agaçant ». Il ne peut donc pas servir à préciser un adjectif positif, une qualité. Dans notre exemple, il peut être remplacé par « extrêmement » : « La pièce est extrêmement réussie. »

 

« Le plaignant s’est fait taxer d’homophobe… »

Ici, « taxer de » signifie « accuser de ». Le complément qui suit ne doit pas être un adjectif, mais un nom : « Le plaignant s’est fait taxer d’homophobie. » Cette locution est donc à différencier des expressions « traiter de », « qualifier de » qui elles se construisent bien avec un adjectif : « Le patron s’est fait qualifier d’escroc », « Les employés l’ont traité de lâche ».

 

On pourrait ajouter à cette liste les erreurs de typographie, elles aussi très fréquentes dans les médias, notamment dans les sous-titres ! Vous pouvez à ce sujet lire l’article consacré aux 10 fautes de typo que je rencontre le plus souvent au cours de mes missions.

 

Cet article a 2 commentaires

  1. Patricia

    Incroyable tout ce que j’apprends en lisant cette liste !!! j’ai du boulot avant de passer le Certificat Voltaire 🙂

    1. Aurélie

      Certains journalistes aussi 😉 Bon courage ! Je suis sûre que tu connais déjà beaucoup de choses et que la tâche ne sera pas si compliquée. N’hésite pas à revenir ici si tu as besoin de conseils au cours de ta préparation.

Laisser un commentaire